Un méthaniseur domestique pour transformer ses déchets en électricité

Plutôt que d’envoyer ses déchets organiques à la décharge, une entreprise française propose aux ménages de les transformer en électricité grâce à un méthaniseur domestique. L’appareil, installé dans le jardin, produit du biogaz ainsi qu’un digestat susceptible de servir d’engrais. Explications avec Denis Leturgie, le concepteur du système.

 

La problématique de la valorisation des déchets est au cœur de la transition écologique. En France, une personne jette, en moyenne, plus de 390 kg de déchets par an à la poubelle, des rebuts qui prennent la direction de décharges ou d’incinérateurs. Sur cette masse, 152 kg sont d’origine organique (épluchures, restes alimentaires, huiles de friture, herbe, carton), une manne potentielle. Car, en faisant fermenter ces déchets biodégradables au moyen de bactéries, il est possible d’obtenir du biogaz, composé à 60 % de méthane.

La société SCTD Industries a mis au point « l’unité de méthanisation M-300 Méthatec », un méthaniseur domestique, capable de digérer les déchets du quotidien pour les transformer en gaz qui alimente en continu un groupe électrogène automatique de 1,2-1,8 kW. Selon les calculs de l’entreprise, une famille de quatre personnes peut espérer produire 800 m3 de biogaz par an, correspondant à une capacité d’électricité annuelle maximale de 4.800 kWh. SCTD Industries explique : « C’est une production d’énergie renouvelable qui réduit les transports de certains déchets. Il s’agit d’une solution de traitement de proximité pour les déchets organiques qui permet de réduire sa dépendance aux énergies fossiles« .

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Techniquement, l’unité se présente sous la forme de deux gros cylindres en plastique renforcé qui contiennent d’un côté le digesteur à déchets (muni d’un entonnoir, d’un broyeur et d’une vanne de vidange), et de l’autre le réservoir de méthane (qui dispose d’une soupape de sécurité et d’un départ avec vanne d’alimentation vers le groupe électrogène). L’ensemble pèse une quarantaine de kilos et atteint 1,50 mètre de hauteur.
Le constructeur annonce que les organes de broyage sont traités contre la corrosion (acier inoxydable) et que la cuve est protégée par un traitement bactéricide contre les odeurs. De son côté, le groupe électrogène autonome de 55 kg démarre automatiquement grâce à une horloge qui lui permet de recevoir le biogaz. Il est ainsi possible de programmer l’installation pour qu’elle prenne le relai d’un système photovoltaïque à la nuit tombée.
Denis Leturgie, le concepteur du système insiste d’ailleurs pour le coupler obligatoirement avec des capteurs solaires : « Le méthaniseur seul n’est pas forcément rentable pour un particulier« . Le kit, livré pré-monté, nécessite environ 2 heures de travail pour deux personnes, afin de connecter tous les tubes et câbles.

Une fois installé, la société détaille les premières étapes de la mise en route du digesteur. Elle révèle que l’apport initial minimum est compris entre 2 et 5 kg de déchets broyés auxquels il faut ajouter 5 litres d’eau ainsi que le bidon de souche bactérienne méthanogène : « Le temps de production de biogaz reste très aléatoire suivant la température ambiante, la quantité ainsi que la qualité des déchets intégrés. Généralement, la méthanisation commence entre 20 et 45 jours« .
La phase de lancement est donc longue, et tout arrêt dans l’alimentation reste problématique : « Un délai d’attente sans intrant de déchets de plus de 15 jours risquerait de fatiguer, voire faire disparaître la bactérie de la cuve« . Pas question donc de partir en vacances trop longtemps, à moins de confier les clés du méthaniseur aux voisins et de leur demander de le remplir en même temps qu’ils nourriront le poisson rouge…
La société SCTD explique : « L’apport en déchets doit être suffisamment régulier et être composé de déchets avec la moitié du volume en eau : ainsi, pour un kilo de déchets, il faudra ajouter un demi-litre d’eau« . Le liquide permet à la fois aux déchets de suivre leur cheminement depuis l’entonnoir au broyeur puis dans la cuve, mais aussi d’obtenir un digestat plus fluide et facile à évacuer par gravité, qui pourra servir d’engrais naturel.

En cas de risque de gelée, le concepteur recommande une vidange des 150 litres, afin de ne pas risquer d’endommager la cuve. « Le système est plus indiqué pour les zones chaudes. Il a été testé à la Réunion et en Martinique et des exemplaires ont été vendus en Afrique« , détaille Denis Leturgie. Solution alternative : placer le méthaniseur sous abri de jardin. Ce dernier pourra également supporter les panneaux solaires (qui apporteront des calories à l’intérieur de la structure) et mettra l’équipement sous clef, pour plus de sécurité, même si l’entonnoir est déjà muni d’un tel dispositif. Autre possibilité, placer l’installation dans le garage.

« Le système fonctionne sous basse pression (750 mbar) et il est équipé de vannes et de soupapes de sécurité. La réaction anaérobie se fait en absence d’oxygène, ce qui fait que la combustion du gaz est impossible. Mais, malgré cette sécurité, je recommande de le placer à l’extérieur, ne serait-ce que pour le risque d’odeur si tous les déchets ne sont pas correctement évacués de l’entonnoir et du broyeur« , relate l’inventeur.

Correctement alimenté en déchets, idéalement 500 grammes par jour ou 1 kg tous les deux jours, le méthaniseur produit tout de même de façon « très aléatoire » concède Denis Leturgie. Le rendement des bactéries varie en effet suivant la température extérieure et la nature des matières introduites dans le digesteur. SCTD Industries ne s’engage donc pas sur les résultats obtenus par l’installation. Mais elle est éligible à un crédit d’impôt de 30 % : « La loi de finance est très claire : toute installation produisant de l’électricité à partir de biomasse peut en bénéficier« , assure le concepteur. Un argument suffisant pour remplacer les poules pondeuses capables d’ingurgiter 150 kg de déchets organiques par an, tout en produisant un œuf par jour ? Electricité ou omelette, il faudra faire un choix…
La société SCTD propose d’ailleurs des modèles plus importants, destinés à des restaurateurs ou des campings, les M-700 et M-1000. « Ils ont des pompes d’amorçage, ce sont des systèmes semi-professionnels qui s’adressent à un marché différent. Mais les restaurateurs ont entre 600 et 1.000 € par mois pour l’enlèvement de leurs déchets organiques. S’ils peuvent produire du biogaz à la place, c’est tout de suite plus intéressant« , résume le chef d’entreprise.
L’investissement restera conséquent :  le système Méthatecposé et installé (réservoirs, générateur électrique, panneaux solaires en toiture, système de pilotage et raccordements) atteint les 23.000 € dont 5.000 seront remboursés sous forme de crédit d’impôt. Malgré ce handicap, Denis Leturgie reste confiant : selon ses estimations, entre 80 et 90 installations seront vendues chaque mois, à compter de novembre 2016. Pour l’heure, une trentaine est déjà en exploitation.

Le site : Energienouvelle.one

 


Sources : Batiactu.com

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