Un « Légionnaire français » en Mongolie

Mamadou Baldé est un milieu de 24 ans évoluant au Arvis FC. Cet ancien étudiant en droit avait décidé de tenter un pari dans le championnat de Mongolie. Il s’est confié pour #JusteDuFoot.

Mamadou Baldé, racontez-nous comment un français a atterri dans le championnat de Mongolie.

La saison dernière j’étais au Arvis FC, club de deuxième division de Mongolie. Dans ce championnat, il y a deux français. Le second joue à Erchim (champion de D1). Pour ma part, j’avais été contacté en 2015 par le manager du club de Bayangol. Il voulait que je jette un œil sur le championnat mongol pour voir si j’étais disponible pour aller là-bas. A l’époque, je n’étais pas forcément intéressé. Je ne connaissais pas forcément ce pays. En 2014, j’avais déjà vu un reportage sur le Bayangol FC sans forcément y prêter attention. Après ce contact, je m’y suis repenché, j’ai suivi des comptes spécialisés sur les réseaux sociaux. J’ai ensuite regardé leur championnat de futsal. J’ai eu envie de le découvrir, mais personne n’en parlait. J’ai continué ma carrière, après le Danemark, je suis revenu en France (en Promotion Honneur), puis au Portugal pour faire des essais notamment. J’ai eu des problèmes concernant un transfert à cause d’une lettre de sortie pas envoyée à temps. Je me suis alors dit que j’allais mettre ma carrière de footballeur entre parenthèses. Deux ans plus tard, le manager mongol m’a recontacté. J’ai alors accepté leur offre. Deux clubs étaient intéressés : Arvis et Erchim. Ils voulaient absolument un français. Erchim souhaitait immédiatement un joueur, mais je devais faire les démarches pour le visa. A Arvis, on m’a fait comprendre que j’allais avoir beaucoup de temps de jeu, je me suis senti désiré. J’y ai donc signé pour découvrir ce fameux championnat mongol.

Quel est le niveau du championnat de Mongolie ?

Pour moi, c’est presque du même niveau que le bas de tableau de National (3e division française). Le championnat est composé de deux phases. L’hiver, comme on ne peut pas jouer dehors, le championnat se dispute en futsal. Il y a donc des joueurs très techniques. Les mongols adorent le spectacle, ils aiment quand ça dribble, ils aiment le contact. Au début, j’ai pensé que j’allais y jouer tranquillement, puis au bout de deux journées je me suis rendu compte qu’il fallait que je me « batte » sur le terrain. J’ai sorti le grand jeu. Pour la quatrième journée, je n’avais pas commencé le match. Je suis entré en deuxième mi-temps, deux minutes après, j’ai marqué et fait une passe décisive dans la foulée. Après ça, on m’a alors surnommé « Le Légionnaire français » dans la presse spécialisée nationale. Je me suis alors imposé comme un « mort de faim » dans l’équipe. Le public aimait ça. Avec Arvis, nous allons monter en première division. C’est un club très jeune (créé en 2010). L’objectif est de monter en puissance et, pourquoi pas, jouer la Coupe d’Asie par la suite.

Comment s’est passée votre adaptation en Mongolie ?

C’était super bien ! Je ne m’y attendais pas du tout. Dès que l’annonce de ma signature à Arvis avait été effectuée aux joueurs, la plupart s’est empressé de me contacter sur les réseaux sociaux. Ca m’a mis à l’aise. Ils m’ont dit que j’étais le premier européen à jouer dans leur équipe. Quand je suis arrivé là-bas, je connaissais déjà plus de la moitié de l’équipe. Je n’ai eu aucune difficulté à m’intégrer dans les vestiaires. Je suis venu leur amener une ambiance qu’ils n’avaient pas. Avant les entraînements et matchs, je prenais mon téléphone et une enceinte et je mettais de la musique française et africaine. Ca mettait l’ambiance. Sur et en dehors du terrain, ils ont été excellents avec moi. Ca a été une très belle aventure avec les mongols. Dans la rue, des personnes voulaient me saluer, discuter et prendre des photos. C’était super plaisant. Les asiatiques ont une image de personnes fermées, ce n’est pas du tout la réalité.

Vous avez même eu l’occasion de goûter les plats locaux

C’était assez drôle. Quand je suis arrivé, je leur ai dit que je ne mangeai pas de porc. C’était délicat pour eux car ils ne savaient pas comment cuisiner. Le capitaine a donc eu l’idée de me faire goûter les spécialités mongoles. Dès que je suis arrivé, il m’a dit que si j’avais besoin de quoique ce soit, je devais le solliciter. En arrivant chez eux, il m’a demandé si j’étais là que pour le football et si je voulais découvrir leur culture. Evidemment, j’avais envie d’apprendre. J’ai adoré, par exemple, le Khuushuur.

Avez-vous été victime de racisme en Mongolie ?

Pas du tout. Je n’aime pas me placer en « victime ». En Lituanie, je l’ai vécu. C’était ma première expérience en dehors de la France. Mais je n’étais pas une « victime ». Le racisme est stupide. Pour moi, il n’y pas de couleur, de taille, de façon de jouer, il faut juste jouer au football. Quand je vois certains joueurs professionnels victimes de racisme, ça m’atteint. Il faut être plus intelligent. En Mongolie, je n’ai jamais été victime de racisme, bien au contraire. J’étais toujours mis en avant.

Aujourd’hui, quand vous dites à vos amis, à votre famille que vous jouez en Mongolie, quelle est leur réaction ?

Beaucoup de personnes ne connaissent pas la Mongolie. Les amoureux de football ne connaissent pas forcément le championnat de Mongolie. Honnêtement, je laisse 3-4 ans à ce dernier pour exploser médiatiquement. Il y a quelques pépites là-bas. Quand j’ai dit à mes parents que je partais en Mongolie. Ils m’ont soutenu. Ils m’ont toujours appris à ne pas me mettre des barrières. Beaucoup de mes amis ont découvert que j’avais signé en Mongolie via les réseaux sociaux. Tout s’est fait très vite, je n’avais pas eu le temps de les prévenir. Aujourd’hui, ils sont plutôt surpris. On me pose pleins de questions. J’ai l’impression d’être en interview à chaque fois. Des amis se sont mis à s’intéresser au championnat pour me voir. Désormais, il n’y a pas de nation de football. L’Islande va participer à la prochaine Coupe du Monde, c’est un exemple fort pour les « petits pays ». Là où il y a de la terre, il y a du football. Je suis parti dans les montagnes en Mongolie pour y toucher le ballon rond. Pour l’anecdote, un jour, j’y ai même croisé un enfant avec un maillot du PSG, mon club de cœur.

Vous êtes passé par la Lituanie, le Danemark et donc la Mongolie. L’objectif c’est de rentrer en France ?

Je n’ai pas eu la chance de passer par un centre de formation. Dans ma jeunesse, mes parents m’ont donné le choix entre jouer au football et faire des études. Même si j’aimais le football, j’appréciais aussi l’école. J’ai choisi la deuxième option. J’ai été contacté par des clubs amateurs un peu partout en France. J’ai eu des contacts vers Bordeaux et Bayonne. A l’époque, j’étais très jeune et c’était trop loin. Je voulais rester en Ile de France, avec ma famille. Puis je me suis rendu compte qu’en France, on est plutôt réticent à bouger. Je me suis penché sur les championnats où personne ne voulait aller. J’ai aujourd’hui 24 ans et mon objectif est de trouver un club de CFA/CFA2, voire même National pour monter petit à petit. L’équipe nationale de la Guinée m’a contacté il y a deux semaines. Ils me suivent, l’idéal pour moi maintenant serait de trouver une première division, donc il faudra tenter à l’étranger si je veux imaginer aller en sélection guinéenne. Mais l’objectif restera toujours de revenir en France. Pour moi, le football a commencé en Afrique mais c’est ici que tout a commencé. Ca serait bien, un jour, de représenter fièrement un club français.

Actuellement, vous êtes toujours salarié à Arvis ?

Non, je suis sans club. J’avais signé pour une saison en Mongolie. Je voulais me servir de cette expérience comme un tremplin dans ma carrière. L’idéal c’est de revenir en Europe. Je ne veux pas m’enfermer en Asie, vis-à-vis de mon âge. Le club d’Arvis souhaitait que je reste cet hiver pour le championnat de fustal. Mais les températures sont vraiment trop basses, je n’aurai pas pu. On en rediscutera en décembre dans l’éventualité d’un nouveau contrat. J’ai toujours l’envie d’être champion de D1 mongole, autant bien finir après notre montée. Après ça, je pourrais me dire que le « légionnaire français » a accompli sa mission et peut partir.

Imaginons que vous percez au niveau sportif et que les médias français parlent de vous. Quel serait votre rêve ? Le PSG ?

Je pense qu’il ne faut pas être trop ambitieux car la chute serait trop rapide. Tout se mérite, il ne faut pas griller les étapes. Si aujourd’hui on me propose le PSG, je déclinerai. Quel que soit la somme, il faut être lucide et réfléchi. Je grillerai trop d’étapes. Même si j’ai travaillé pour le mériter, je ne pense pas être prêt pour ça. J’ai besoin d’une transition, comme par exemple la Belgique pour arriver à ça. J’ai besoin de travailler. C’est ma façon de voir les choses.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

La santé avant tout. Ensuite, trouver un club en Europe. Pourquoi pas en France. Surtout, être en forme pour la suite. Je souhaiterai dire un petit mot car je n’ai jamais eu le temps de remercier ma famille. J’espère que tout se passera bien pour elle. Tant que tout le monde ira bien dans ma famille, moi ça ira. C’est l’essentiel.

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