Elle crée une technologie hybride pour électrifier l’Inde avec de l’énergie renouvelable.

Clémentine Chambon, est la co-fondatrice d’ Oorja, une technologie hybride pour électrifier l’Inde avec de l’énergie renouvelable. Récompensée au dernier MIT Under 35 France, elle nous livre sa vision du monde en proposant des solutions énergétiques propres, accessibles et fiables aux communautés rurales les plus reculées…

« Le concept principal d’Oorja est de transformer des déchets agricoles en énergie renouvelable pour approvisionner des villages qui n’ont pas accès à l’électricité en Inde ». Et cela n’est pas rare. « 1/3 des gens qui n’ont pas accès à l’électricité dans le monde sont dans ce pays », cela représente « 450 millions de personnes » si on compte ceux qui ne bénéficient pas d’accès continu à cette énergie. Le projet pilote sera lancé dans l’Uttar Pradesh en octobre prochain. Dans cet état très densément peuplé de 200 millions d’habitants, les régions rurales sont très peu raccordées au réseau national d’électricité. « Et quand c’est le cas, ce n’est pas très fiable. Les populations n’ont alors que 4 à 5 heures d’électricité par jour », explique Clémentine Chambon.

Les nombreux déchets agricoles de cet état ont motivé le choix d’y construire une première centrale. « On développe une technologie hybride (énergie solaire et biomasse) pour générer l’électricité dans un mini-réacteur et la transmettre via un mini-réseau qui approvisionne deux ou trois villages dans une zone de 2 ou 3 km autour du système », détaille-t-elle. L’électricité ainsi produite est destinée aux micro-entreprises mais aussi aux particuliers. Les revenus générés grâce aux premiers permettant de subventionner les seconds. « Le but est de d’inclure tout le monde dans ce changement vers une électricité renouvelable ». Pour cela et pour pallier d’éventuelles réticences, les porteurs de projets tiennent à apprendre à connaître les communautés au sein desquelles ils vont travailler. « Il est aussi important de comprendre le contexte socio-économique et socio-culturel avec le système de castes, de religions et toutes les divisions sociales ». Car l’objectif n’est pas seulement d’électrifier le pays mais également de participer au développement de ces zones rurales.

Quel impact sur l’Homme et la société ?

Santé, éducation, économie, environnement… L’impact est global, c’est sans doute le propre d’une entreprise sociale. En remplaçant l’emploi du kérosène et du diesel par des énergies renouvelables «les gens dépenseront 3 à 4 fois moins d’argent ». Ils arrêteront d’utiliser des énergies « polluantes et nocives pour la santé ». L’électrification permettra d’éclairer les rues « pour améliorer la sécurité des femmes et des enfants ». Les magasins pourront ouvrir plus tard le soir, générer plus de revenus, créer des emplois. « Et ces revenus pourront rester dans la communauté plutôt que d’être utilisés pour acheter très cher du diesel ou du kérosène de basse qualité ». Cela impactera l’éducation puisque les jeunes pourront travailler plus tard le soir et que les écoles seront éclairées plus longtemps.

L’électrification et le passage à une énergie renouvelable contribuent aussi à l’émancipation des femmes. « Ce sont les femmes qui sont le plus victimes des énergies traditionnelles qu’elles utilisent pour cuisiner, souvent elles doivent aussi aller chercher le bois, ce qui prend parfois des heures, avant la longue préparation du repas ». Pourtant, elles sont rarement impliquées dans les choix d’énergie du foyer. L’alternative des énergies renouvelables pourrait les intéresser. « Il y a vraiment un lien entre l’émancipation des femmes, le développement des villages et les énergies renouvelables », affirme Clémentine Chambon. « Notre but est de promouvoir un développement durable dans la communauté à travers les micro-entreprises qui elles sont approvisionnées par l’énergie renouvelable. »

Oorja pourrait même contribuer à rassembler et unir les différentes communautés ou en tout cas à pacifier les relations et réduire les tensions. « Parfois, pour des raisons politiques, un village constitué d’Hindous est électrifié et celui d’à côté à majorité musulmane ne l’est pas car les promesses d’électrification – souvent non respectées – sont une manière d’attirer les votes ».

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VIA : Atelier.net

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